Le blog de L’Ère du Chien

Complicité VS friandise

11 août 2026 | Comportement, Éducation

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Complicité VS friandises

Et si la relation avec votre chien ne se construisait pas autour de la récompense alimentaire, mais autour de la confiance et de la compréhension ?

J’entends souvent cette phrase :

« Je lui donne des friandises pour créer de la complicité entre nous. »

Pour beaucoup d’entre nous, l’idée de créer ou de renforcer la complicité avec son chien à travers une friandise paraît presque évidente.

Pourtant, c’est une idée avec laquelle je suis en profond désaccord.

Pour moi, la complicité ne réside ni dans une friandise, ni dans un jouet et, plus largement, elle n’est pas le fruit d’une récompense.

Une récompense peut influencer un comportement, créer une association ou inciter un chien à reproduire une action, en agissant comme renforçateur, mais elle ne peut pas faire naître une relation profonde.

Je ne cherche pas à conditionner le chien pour l’éduquer.

De manière générale, mon objectif n’est pas d’obtenir un comportement automatique à travers le conditionnement.

Or, le conditionnement apprend au chien une association :
« Si je fais ceci, j’obtiens cela. »

Lorsqu’il devient le principal moteur de l’apprentissage, je considère qu’il ne laisse pas de place à la réflexion, à l’analyse et à la capacité du chien à faire ses propres choix.

Et je ne sais pas pour vous, mais moi je ne veux pas d’un chien-robot.

Ce n’est pas la vision que j’ai de l’éducation canine, et encore moins de la relation humain-chien.

Je ne veux pas d’un chien qui exécute. Je veux un chien qui réfléchit.

Mon objectif — ou plutôt mon aspiration, mon envie profonde — est de faire naître une véritable compréhension entre lui et moi, et à travers la compréhension, la complicité.

Quoi de plus magnifique qu’un chien qui agit parce qu’il comprend la situation, parce qu’il a confiance en son humain et parce qu’il peut être acteur de la relation ?

C’est une différence fondamentale pour aller vers un lien plus authentique.

La confiance n’a pas besoin d’être payée.

Ce qui nous relie aux autres n’est pas ce qu’ils nous donnent matériellement. C’est la place qu’ils occupent dans notre vie.

C’est savoir que l’on peut compter les uns sur les autres. Savoir qu’une personne nous apporte de la sécurité. Que nous avons confiance en elle. Que nous nous sentons écoutés et compris.

Imaginez une relation entre deux ami·es:
Si quelqu’un devait vous offrir un billet de cinq euros chaque fois qu’il souhaite passer un moment avec vous, parlerait-on vraiment d’amitié ?

Avec un chien, je crois que cette idée mérite également d’être questionnée.

Je ne cherche pas à ce qu’il vienne vers moi parce qu’il y trouve systématiquement un intérêt.
Je veux qu’il choisisse de venir vers moi parce que ma présence a de la valeur pour lui. Parce qu’il sait qu’il peut compter sur moi.

Apprendre autrement.

Alors oui, avec un chien, la notion d’éducation s’ajoute à la « simple » notion d’amitié. Le chien doit apprendre à vivre dans notre monde, à notre rythme et avec nos contraintes, et il est évident que la vie commune nécessite des apprentissages.

Mais apprendre ne signifie pas nécessairement exécuter, et l’apprentissage ne réside pas uniquement dans l’échange: « comportement → friandise ou jouet ».

Un chien peut apprendre en observant, en expérimentant, en analysant une situation, en faisant des choix et en découvrant les conséquences de ses expériences. Il peut également apprendre à travers les interactions avec son environnement et la
communication que nous construisons avec lui. Au passage, ce chemin le mène également vers plus d’autonomie (et l’autonomie, c’est la vie).

C’est cette forme d’apprentissage qui m’intéresse, parce qu’elle ne cherche pas uniquement à produire une réponse attendue :
elle cherche à développer une écoute entre le chien et son humain.

Et pour moi, c’est à travers cette écoute que le chien peut progressivement devenir véritablement acteur de la relation.

Ce que cette croyance nous fait manquer.

Appuyer sa relation sur la croyance que la complicité naît ou se renforce grâce à une friandise nous fait passer à côté d’une expérience relationnelle plus authentique, plus profonde et plus riche.

Car lorsqu’on cherche avant tout à obtenir des comportements, on oublie parfois de construire le lien qui les rendra naturellement possibles.

On passe beaucoup de temps à apprendre au chien à répondre à nos demandes et à nos attentes, et beaucoup moins de temps à chercher à comprendre ce qu’il nous dit.

Pourtant, un comportement n’est pas simplement quelque chose à faire disparaître.

C’est aussi une information. Il nous renseigne sur ce que le chien vit, sur ce qu’il ressent, sur ce qui lui pose problème et parfois sur ce dont il a besoin.

Lorsque l’on commence à considérer cette information plutôt que de chercher immédiatement à faire taire le comportement, notre regard sur le chien et notre manière d’interagir avec lui changent profondément.

À mes yeux, une véritable relation commence le jour où l’on cherche à comprendre son chien plutôt que de chercher à le faire obéir.

La complicité se révèle dans les moments difficiles.

La complicité ne se mesure pas lorsque tout est facile et elle ne se construit pas pendant un exercice parfaitement exécuté.

Elle se révèle surtout dans les moments difficiles : quand votre chien a peur, quand il est en colère ou frustré, lorsque ses émotions débordent, que ses repères sont bouleversés ou qu’il ne sait plus quoi faire.

C’est dans ces instants-là que tout ce qui a été construit dans la
relation prend son sens.

Votre chien découvre alors qui vous êtes réellement pour lui.

Êtes-vous simplement la personne qui lui demande des choses et lui donne une récompense lorsqu’il répond correctement ? Ou êtes-vous une véritable source de sécurité, capable de comprendre ce qu’il est en train de vivre et de l’aider à traverser les situations qui lui sont difficiles ?

Une présence stable, prévisible et rassurante, une personne sur laquelle il peut réellement s’appuyer.

Le plus beau des changements.

Le changement est discret, mais tangible.

Parfois, on a l’impression d’être les seuls à pouvoir le percevoir.

Je ressens souvent que ma relation avec mes chiens est comme un secret. De l’extérieur, personne ne peut réellement en comprendre l’étendue et la profondeur.

Cette relation ne s’apprend pas, elle ne se demande pas et ne se conditionne pas : elle naît de la confiance et de la considération que nous portons à notre chien. Et elle se révèle d’autant plus dans les moments délicats.

Quand votre chien, habituellement réactif ou sensible, rencontre un élément qui déclenche habituellement une réaction forte, au lieu de réagir immédiatement, il suspend sa réponse, observe, réfléchit, analyse la situation, puis tourne son regard vers vous. Pas pour attendre une récompense, pas parce que vous lui avez donné un ordre, mais parce qu’il sait que vous allez l’aider.

Sans un mot, vous communiquez. Sans un mot, vous l’accompagnez. Et, sans un mot, il coopère…

C’est ça, la magie de la relation humain-chien.

À cet instant, vous n’êtes plus simplement celui qui contrôle son comportement : vous êtes devenu quelqu’un sur qui il peut réellement compter. Et c’est ça, pour moi, la véritable complicité.

Et si, vous aussi, vous choisissiez de construire cette relation ?

En tant que professionnelle, je ne cherche pas à vous apprendre à mieux contrôler votre chien. Je cherche à vous aider à mieux le comprendre. Parce que c’est de cette compréhension que peuvent naître la confiance, l’autonomie et, finalement, cette complicité si particulière qui rend la relation humain-chien si précieuse.

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